CLAUDIO MONTEVERDI - DIVINI LAMENTI

Le Lamento: réfléchissons tout d’abord à sa durée de vie dans la tradition docte de la musique occidentale. Le Lamento naît parmi les marbres des théâtres grecs (Threnos) ; sa version latine (Planctus) survit au Moyen-âge. La Renaissance, qui cherche ses racines dans l’antiquité greco-latine, le redécouvre dans ses Lamentationes et dans ses Déplorationes polyphoniques; au XVIIe, le Lamento devient le véhicule privilégié de la mélancolie sous la forme de « cantata autonoma » et, en même temps, deviendra la partie la plus intense de l’Opéra naissant (Monteverdi). Nous la retrouvons encore dans le Tombeau de la tradition française et dans les opéras baroques de Sartorio, Cavalli, Purcell, Steffani, Haendel, Rameau, etc.

 

Les raisons d’un succès si rayonnant sont simples : le Lamento constitue une des réponses aux grandes questions soulevées par les humanistes sur les causes du pouvoir affectif de la musique grecque, légendaire en raison de sa capacité de susciter toutes les passions de l’âme chez l’auditeur.

 

Le Lamento continuera à vivre dans l’Opéra tant que vivra le principe humaniste de l’affect à l’antique. Non pas l’affect comme synonyme de sentiment au sens rousseauiste du terme, comme nébuleuse du sens « dont on ne discute pas », mais l’affect comme expressivité formalisée, rationalisée par la rhétorique et nourrie par les conventions; une qualité du langage musical que la théorie peut isoler dans les rythmes et intervalles. Lorsque les sensualistes du XVIIIe découvrent le goût qui ne se dispute pas, le XVIIIe siècle découvre la valeur subjective du sens. Jusqu’ici la mélancolie était une qualité indissociable de la forme, consubstantielle à sa syntaxe. Au XVIIIe c’est la perception individuelle de l’auditeur qui crée le sens dans son expérience personnelle. La musique cesse de représenter l’image figée de la mélancolie sur scène. Tout au plus elle pourra l’éveiller dans l’expérience individuelle de ceux qui la connaissent déjà. Et comme par hasard, c’est à cette époque que le Lamento comme convention formelle quitte la scène d’opéra, laissant sa place à une multiplicité de formes particulières et impossible à réduire en « scientia» (je pense aux pages les plus tragiques de Beethoven et Chopin, et à Ravel qui pleure la mort de Couperin), comme si l’universalité de la douleur venait à se dissoudre dans une confusion de sens impossible à comprendre rationnellement.

Brenno Boccadoro

Petit entête
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