Preghiera per i novizi - Fra Serafino Razzi

A Santa Maria del Pianto - Roland de Lassus

O vergene gentile - Petrus Hedus

DEL VAGO DELLA LUNA

La papauté a toujours entretenu un rapport privilégié avec l’art, avec une succession de mécènes enthousiastes. Qu’il s’agisse de patronage institutionnel ou privé, religieux ou laïque, l’art en général et la musique en particulier, sont des objets de pouvoir spirituels et temporels inscrits dans un contexte politique, social et religieux. Le rapport entre le mécène et l’artiste, qui a trop souvent été vu comme un rapport de protectorat mercantile, est une relation complexe et complémentaire entre un système de pouvoir qui se nourrit d’art autant que les artistes se nourrissent des exigences de leurs patrons en modelant leurs goûts. Il suffit de penser aux gigantesques chantiers qui donnent un visage nouveau à la ville éternelle durant le XVIe et le XVIIe siècles : Michel-Ange réalisant les fresques de la chapelle Sixtine et le dôme de la nouvelle basilique de Saint-Pierre et Le Bernin parachevant la place un siècle plus tard par la colonnade symbolisant les deux bras de la chrétienté embrassant le monde, représentation symbolique du pouvoir papal. L’enjeu est particulièrement crucial à Rome, où le pouvoir est une dynastie non-héréditaire et par conséquent soumise à d’incessantes rivalités, conflits et intrigues. L’art, tout comme la diplomatie est un efficace moyen de mettre en place, par le biais de représentations symboliques, la domination d’une famille noble sur les autres. La musique est un élément constitutionnel des mises en scène élaborées afin de témoigner de la puissance tout autant que du goût des mécènes. Toutes les occasions sont prétexte à de pharaoniques représentations : les fêtes solennelles religieuses comme le carnaval, les mariages ou les funérailles, les visites diplomatiques au Saint-Siège, les béatifications ou les anniversaires, les processions et les exercices dévotionnels. Des fêtes théâtrales et fastueuses, quasi-identiques à l’église ou à l’opéra – si ce n’est le sujet traité – sont continuellement mises en scène, impliquant des machineries de théâtres, des feux d’artifices, des processions et des cortèges colossaux. S’il fut un ensemble musical qui témoigne par excellence de la munificience du pontificat, il faut citer en premier lieu le chœur de la chapelle Sixtine ainsi que celui de la chapelle Giulia de Saint-Pierre. Le premier chante a cappella et fait partie de la musique dite secrète du souverain pontife, soit sa musique privée, alors que le second est accompagné par des instruments et joue lors des exécutions solennelles, parmi lesquelles les plus somptueuses sont les Vêpres de Saint-Pierre et Saint-Paul (29 juin) et la fête de la Dédication de la basilique (18 novembre). Sous les grands papes comme Sixte V (1585-1590) et Paul V (1605-1621), ainsi que les patronages privés des cardinaux d’Este et Montalto, la musique s’inscrit dans un véritable programme politique, où le prestige est véhiculé par l’art.